LA PEINE DE MORT
Pourquoi la peine de mort est une mauvaise chose ?
Parce qu'il est indigne qu'au nom de la justice collective on exerce un acte de barbarisme sensé se justifier par l'ordre public.
Un Code pénal d'une civilisation digne de ce nom ne peut comporter la peine capitale. Des fonctionnaires mandatés par la société ne peuvent être bourreaux sans que la civilisation ne sombre dans l'obscurantisme.
L'obscurantisme, car l'acte de donner la mort est d'une insoutenable cruauté, qui marque pour leurs existences entières les auxiliaires chargés de la sinistre besogne, et qui porte l'opprobre sur la société dans son ensemble. Les instants qui précèdent l'exécution dans le couloir de la mort sont d'une angoisse proprement inhumaine. Les instants qui précèdent juste l'exécution en elle-même sont d'une insoutenable horreur.
L’excuse de la loi du Talion est doublement mauvaise. D’une part l’idée biblique « D’œil pour œil dans pour dent » ne signifie pas qu’il faut arracher un œil à celui qui a arraché un œil, mais que l’indemnisation qui doit compenser la perte de l’œil doit être proportionnelle au dommage causé par la perte de l’œil. D’autre part, même si on rentrait dans cette logique perverse de rendre le mal par le mal, cette position est totalement inconciliable avec la civilisation démocratique moderne. Quand un criminel mutile sa victime, la société ne le mutile pas à son tour, elle ne s’abaisse pas à son niveau. Alors comment alors même que la loi du Talion ne justifie aucunement de rendre le mal par le mal, et que toutes les mutilations physiques sont proscrites par le droit civil et le droit pénal moderne, il faudrait maintenir la peine de mort, la pire de toutes les agressions physiques ?
Comment amener quelqu'un à la mort, le tuer de ses mains ? Comment commettre l'acte de lui prendre sa vie, ce don de la vie si fragile, au nom de quoi, au nom de qui ? Et si une erreur a été commise, comme c'est si fréquent ? Comment la société peut-elle ordonnée en son nom d’effectuer une tâche qui révulserait l’écrasante majorité de ses citoyens, alors que l’on charge de pauvres individus de le faire ? Qui peut le faire sans être traumatiser ? Ceux qui le feraient avec plaisir seraient encore moins qualifiés et engendreraient encore plus d’indignité pour la société. Il est insoutenable que des fonctionnaires exécutent contraints et forcés un autre individu, mais il serait mille fois plus barbare que ces fonctionnaires y assouvissent un plaisir sadique.
Le but ultime de la société des hommes est de garantir l'épanouissement de chacun en imposant un minimum de contraintes, uniquement les contraintes strictement indispensables à maintenir l'ordre public sans lequel l’épanouissement de chacun est impossible.
La peine de mort ne garantit pas l'ordre public, comme l'a démontré Maître Robert Badinter -Garde des Sceaux responsable de l'abrogation de la peine de mort- car son effet dissuasif est nul. Il est avéré que dans TOUS LES PAYS OU A ETE ABROGE LA PEINE DE MORT LES COURBES DE CRIMINALITE ONT ETE INDIFFERENTE A L'ABROGATION. Elles n'ont pas connu de hausse. Par exemples le Canada, ou tous les Etats des Etats-Unis d'Amérique qui ont abrogé la peine de mort.
Le Code pénal et Code de procédure pénale ne peuvent comporter ces indignes et horribles modalités. Le bénéfice social est nul, plus que nul, négatif, la société démocratique perd sa force et sa légitimité par l'application légale de dispositions organisant l'assassinat de sang-froid d'un être humain.
On peut discuter de la durée des peines de prison, envisager de les faire durer au-delà de 30 ans contrairement à ce que prévoit le Code pénal aujourd'hui, mais on ne peut préconiser le rétablissement de la peine de mort. Cette invitation à réinvestir la Démocratie du pouvoir de tuer ses membres est une invitation à institutionnaliser un assassinat injustifié.
Lorsque Rome combattit Carthage pour la suprématie mondiale, deux visions du monde s'affrontait. La cité de Carthage vénérait le Dieu Moloch le dévoreur d'âmes, à qui les Carthaginois sacrifiaient leurs PROPRES ENFANTS. Rome préfiguration et mère de la civilisation démocratique moderne portait les germes des valeurs de respect de l'humain qui ont permis l'éclosion du monde occidentale moderne.
C'est ce combat qui fait rage depuis les débuts de l'humanité, la lutte entre la civilisation RESPECTUEUSE DE LA VIE HUMAINE et la machine sociale qui broie ses propres membres. La peine de mort est un stigmate de la société inhumaine de Moloch que combat la Civilisation.
Qui osera dire que prendre un humain, quelque soit ses méfaits, l'amener avec l'organisation la rigueur qui caractérise la machine sociale, ne transforme pas cette société en machine d'une insoutenable cruauté ?
Qui osera dire que prendre cet homme, cette femme, quelque soit ses fautes, et commettre l'acte impardonnable de lui prendre ce qu'il a de plus cher au monde, sa vie, est un acte qui ne jette pas l'opprobre sur la société au nom duquel cet acte est commis ?
Qui n’est pas écœuré par le moment où les ressources de la civilisations sont mises au service de la mort ? Le but ultime de la civilisation -ce qui lui donne le droit de se donner le nom de civilisation- est de préserver et de faire prospérer la vie.
Les policiers et les militaires autorisés à prendre la vie sont mandatés par la société au nom de la défense de la vie. Un criminel ou un soldat ennemi abattu est abattu car il oblige la civilisation à choisir entre la vie d'un de ses citoyens et sa vie à lui. Et quand le choix de la civilisation est entre préserver la vie d'une victime innocente et prendre la vie du criminel qui menace cette vie, le devoir de la civilisation est de prendre la vie du criminel.
Il n'y aucune nécessité impérieuse de ce genre qui justifie l'ajout de la peine suprême dans le Code pénal. Sans cette nécessité impérieuse qui elle seule autorise le recours au châtiment ultime, l'autorité de la loi démocratique va dans le sens du bannissement du sévisse corporel, de ces actes de malfaisance d'un autre âge.
La civilisation moderne s'est ingénié tout au long de son développement à bannir ces actes d'injustice et de cruauté exercés en son nom. L'article 16-1 du Code Civil prévoit que "Le corps humain est inviolable".
Cette inviolabilité du corps humain, la consécration de son caractère sacré et intouchable, ce principe si fondamentale dans l'autorité de la loi, banni les châtiments corporels, les actes de tortures, et l'exécution capitale. La Déclaration universelle des Droits de l'homme, la Convention Européenne des Droits de l'Homme viennent au secours de cette proscription d'altérer le corps humain.
La peine de mort est le dernier stigmate de l'époque où la civilisation n'était pas assez avancée moralement pour proscrire les sanctions pénales corporelles. Il y a une obligation morale pour tous êtres humains d'être responsables et concernés de ce qui se passe dans son monde, de ce qui passe dans le monde.
L’acte de donner la mort au nom de la collectivité est l’élément résiduel d’une ancienne et très profonde réaction instinctive poussant un groupe social à lyncher collectivement un être livré à leur vindicte. Ce déchaînement de violence aveugle, cette messe morbide, cet acte d’ivresse collective et sanglante répond à ce qu’il y a de PLUS MAUVAIS EN NOUS. Quoi de plus injuste, de plus cruel, de plus ignoble et barbare que cette fièvre ? Qui a envie d’être responsable et d’accepter l’institutionnalisation d’un réflexe social aussi malsain ?
Quel homme peut se dire indifférent à la souffrance et à l'injustice ? Quel homme ou quelle femme peut se dire non-responsable de ses actes, des actes perpétrés avec son consentement tacite et silencieux, s'ils engagent l'avenir des générations à venir ? Si ces actes sont injustes et cruels ?
Le moins que l'on puisse faire est de s'interroger sur l'innocuité ou la gravité, sur le bien-fondé ou sur l'injustice de ce qui passe autour de nous. Afin que notre indignation soit en éveil. Le début du bien est de se sentir concerné et de s'indigner, et le début du mal passe par l'indifférence et le dénis de l'injustice là où elle est visible. C'est une erreur de croire qu'il ne sert à rien d'effectuer la démarche d'avoir opinion, car c'est l'absence d'opinion qui permet à l'injustice et à la cruauté d'être non-combattu ou institutionnalisée.
Eliya Waiche